Accéder au contenu principal

Frédéric Rekaï, l’ironie et l’impudeur

Chat et Geisha, estampe numérique, 29x20cm, 2014
 
L’art de Frédéric Rekaï embrasse les catégories. Il avance et se transforme mais reste dans l’acte de peindre. Peinture, gravure, dessin… Ses différents procédés sont l’occasion pour l’artiste de concevoir une œuvre comme autant de substitutions et de liaisons entre les techniques.

Il envisage l’art comme processus de métamorphose.
Son élan narratif brouille subtilement les pistes. Il décline le motif, affine ses sujets, approfondi les thèmes et fait évoluer son œuvre au fur et à mesure, en concevant toujours l’art et l’illustration dans une réciprocité.
Il peint même au crayon. Ses œuvres fusent comme des traits d’esprit. Elles requièrent l’attention du regard et de l’esprit, de l’esthétique et du sourire.
Leur inclination narrative épouse le style graphique de l’illustration qui se tourne délicieusement en dérision. Les qualités de l’artifice et de l’humour sont scellées.
Mais l’artiste joue la caricature sans y tomber. Ses travaux caustiques et enjoués sont imprégnés d’un vocabulaire et de références. Son trait à dominante expressionniste lie les touches d’une palette vive qui ravive la flamme du fauvisme. Lorsqu’elles ne sont pas réalisées au crayon, à la pointe sèche ou à l’acrylique, les couleurs souvent saturées, sont aussi exécutées à l’aide du numérique.

Cet univers graphique joue des conventions picturales et culturelles.
Le Japonisme occupe une place particulière. C’est même un véritable fil conducteur dans son œuvre.  D’Hokusai à la vague Manga, l’influence nippone se profile sous des traits qu’il choisit fins. Il s’approprie l’estampe japonaise, la représentation de la Geisha pour la rendre ondulante, voluptueuse et amusée.
Frédéric Rekaï peint les gens d’Algérie, ces hommes et femmes sous leur hayek et leurs burnous, figures mémorielles de sa terre originelle.
Les mythes sont un autre thème qui lui tient à cœur. En particulier les divinités de la mer aux courbes transformées qui s’identifient dans une mythologie revisitée.

Ce mixte entre plusieurs mondes est porté par la présence de la figure qui migre de supports en techniques. Elle convoque une esthétique du corps et de la nudité entre force et fragilité. Une perception de l’intime à la fois accessible physiquement et d’un exotisme radical.
Le travail de Frédéric Rekaï nous rappelle qu’une œuvre est finalement un corps, un mouvement en soi, un processus de transition avec juste assez d’ironie et d’impudeur.